Le trottoir, c’est ce qui reste quand la route est passée. Je suis toujours frappé de la place - je veux dire du peu de place - réservée au piéton en France. Ces quelques lignes s’adressent aux élus, aux automobilistes et aux citoyens lambda.

Aux élus tout d’abord. Oui, malgré tous les discours ambiants, je suis frappé de la priorité qui continue à être donnée à la voiture, principalement dans les petites villes, les bourgs et les villages. Car dans les grandes villes, il a fallu depuis longtemps structurer les usages. A la campagne donc, pour faire simple, on dessine la route comme l’élément prioritaire du projet, en veillant bien à ce que « ça circule » mais, sauf volonté marquée de certains décideurs, le trottoir reste la variable d’ajustement entre deux alignements. Ceci m’était fait remarquer par des collègues urbanistes néerlandais, en visite dans notre Région. Il me montraient, à juste titre, que nos routes étaient de largeur constante et que les trottoirs souvent réduits à une largeur pouvant varier de quelques mètres à quasiment rien, encombrés, parfois d’un poteau rendant tout « piétonnage » impossible. Il ne faut pas aller bien loin, par exemple en Belgique ou dans le Kent, pour constater que ce n’est plus la voiture qui y est prioritaire mais le piéton ou le vélo. D’ailleurs les étrangers nous disent: « vos routes sont tellement roulantes que vous êtes obligés de mettre des ralentisseurs », belle invention française !

Aux automobilistes ensuite. Il y a un débat en ce moment sur la vitesse sur les routes. On nous dit que c’est une attaque des urbains contre les ruraux… Qu’y a-t-il derrière cette affirmation ? Que les ruraux doivent aller vite pour rejoindre leur travail, en ville ou en périphérie la plupart du temps ? Ou qu’il faut aller vite pour conduire ses enfants à l’école ? Ou qu’il faut enfin aller vite pour se rendre sur son lieu de vacances ? « Moins vite, plus loin » disait un slogan vantant les mérites d’une conduite douce et apaisée. L’énergie est proportionnelle au carré de la vitesse, si je me souviens bien de mes cours de physique.

Aux citoyens enfin. Les piétons ne sont pas des gens qui n’ont pas de voiture. Ils ont des droits. Celui de pouvoir se déplacer normalement dans la ville ou le village, sur des trottoirs laissés libres de toute voiture. Le code de la rue précise d’ailleurs que le stationnement des voitures est interdit sur les trottoirs. Le trottoir est le premier des espaces publics, celui auquel tout le monde a droit, valide, invalide, jeune, vieux, pressé, promeneur, adulte, collégien. Il est invraisemblable, irresponsable et répréhensible de la part des autorités en charge du domaine public de laisser ces espaces abandonnés au stationnement pour les véhicules au mépris de la libre circulation des piétons.

Pour ne pas terminer sur une vision négative - néanmoins réaliste - je voudrais rendre hommage à la commune de Roellecourt, à côté de Saint-Pol-sur-Ternoise, qui a, dans ses travaux de voirie, sur un axe fréquenté, eu le courage de diminuer la largeur réservée aux véhicules pour permettre l’aménagement de trottoirs plus larges. Bravo !

 

 

 

Philippe Druon, Président du CPIE Villes de l'Artois